La détection fortuite d’une souche d’Actinobacillus pleuropneumoniæ (App) de sérotype 9 dans un élevage de haut statut sanitaire et en l’absence de signes cliniques a conduit l’Unité Mycoplasmologie Bactériologie (UMB) de l’Afssa-Ploufragan à réaliser une série d’infections chez des porcs EOPS afin de confirmer le pouvoir pathogène de cette souche. De plus, en co-infection avec M. hyopneumoniæ, il semble que ce soit le mycoplasme qui prenne le dessus, confirmant ainsi le rôle de pathogène primaire de ce micro-organisme.
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| Marylène Kobisch transmettra à Isabelle Kempf les rênes de l’Unité Mycoplasmologie Bactériologie (UMB) de l’Afssa-Ploufragan, début octobre. Corinne Marois aura la responsabilité des travaux sur la pathologie respiratoire du porc. |
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Respig : Dans la série d'infections expérimentales décrites dans l'article récemment publié dans Veterinary Microbiology, vous avez utilisé une souche d'App de sérotype 9 qui a été isolée en dehors d'un contexte clinique. Pouvez-vous en préciser l'origine et l'éventuelle pathogénicité ?
M. Kobisch : Un retour en arrière s'impose, en effet. Un praticien qui était confronté à une forte séroconversion vis-à-vis du sérotype 9-11 d'App dans un élevage de haut statut sanitaire, mais en l'absence de toute clinique, nous a contactées, Corinne et moi. Nous avons réalisé des PCR sur une quinzaine de prélèvements et obtenu 5 résultats positifs, et un isolement d'App, s'avérant être de sérotype 9. Ayant vérifié par ailleurs que cette souche possédait bien les gènes des toxines Apx I et II (c'est-à-dire ceux des souches pathogènes), nous avons souhaité effectuer une infection expérimentale chez des porcs EOPS. Contrairement à ce qui est connu pour d'autres sérotypes d'APP, le sérotype 9 d'App a toujours été décrit dans la littérature, comme une bactérie très pathogène. Nous avons réalisé une première infection (non reprise dans l'article dont nous parlons), chez des porcs EOPS de 6 semaines d'âge. Cette première infection expérimentale n'a pas induit de signes cliniques, mais une très forte séroconversion chez les animaux. Ces résultats nous ont, bien sûr, incitées à proposer la poursuite de nos explorations au comité de pilotage des travaux sur 'la pathologie pulmonaire du porc en croissance'. Ce qui a été accepté. Nous avions alors deux possibilités : jouer sur l'âge des animaux à l'inoculation, ou sur les agents pathogènes. Comme, dans les années 1980, nous avions réalisé des co-infections App-M. hyo dans lesquelles l'expression clinique était plus sévère qu'avec les deux agents pris séparément, il nous a paru judicieux de bâtir un protocole qui prenne en compte ces deux variables : âge et présence de M. hyo. C'est ce qui a été fait, en utilisant 63 porcs EOPS, ce qui est peu par rapport à un élevage, mais qui est important au vu du statut sanitaire des animaux et de leurs conditions d'hébergement.
Respig : Vous inoculez alors la souche d'App seule à des porcs de 6 ou 10 semaines d'âge, et vous obtenez respectivement une pleuropneumonie aiguë ou une infection subclinique. Il y avait donc bien un effet âge ?
M. Kobisch : En effet, le groupe de porcs inoculés à 10 semaines d'âge ne présente pas de mortalité et un seul des 7 porcs montre une hyperthermie, sur un seul jour. Le GMQ de ce groupe est toutefois affecté (791 g/j, contre 932 g/j chez les témoins non infectés). Dans le groupe inoculé à 6 semaines, en revanche, trois porcs meurent dans les deux jours suivant l'inoculation et tous les autres présentent des signes respiratoires sévères ainsi qu'une hyperthermie. La première conclusion que l'on peut en tirer est que la souche d'App est bien pathogène. Quant à l'infection subclinique, elle a - dans nos conditions - un impact sur la croissance, qui n'était pas forcément mesurable dans l'élevage d'origine. Cet élevage était indemne de M. hyo, mais nous n'avons pas vérifié son statut vis-à-vis de virus (grippe, PCV2...). Il n'a pas été possible de dater le début du portage de cet App par les animaux de l'élevage. Nos expérimentations ne fournissent pas non plus la réponse car ces animaux ont été sacrifiés à la fin de notre expérience, au plus tard à 16 semaines d'âge. Mais il reste qu'une forte séroconversion dans un élevage jusque-là indemne d'App doit attirer l'attention, car il représente une vraie 'bombe à retardement' sanitaire. Pour moi, cette situation de portage doit être rapprochée d'une latence : à un moment donné, il pourra y avoir flambée...
Respig : Dans les autres groupes infectés, la clinique et le GMQ sont différents selon que les groupes de porcs sont inoculés par M. hyo à 6 semaines et App à 10 semaines ou que la chronologie est inverse. Y a-t-il encore un effet âge sur la séquence des co-infections ?
M. Kobisch : Oui, l'âge à l'infection paraît important, mais à deux limites près : nous avons utilisé des porcs EOPS et notre essai comporte un faible nombre d'animaux (même s'il est important pour une infection expérimentale). Chez les porcs EOPS, nos résultats montrent que M. hyo a un effet significatif sur les GMQ, et d'autant plus marqué que l'inoculation est réalisée tôt.
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Groupe 1
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Groupe 3
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Groupe 5
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Groupe 4
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Groupe 6
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Groupe 7
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Groupe 8
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Groupe 9
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Inoculation à 6 sem. d'âge
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-
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App
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-
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M. hyo
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-
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App
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M. hyo
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M. hyo + App
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Inoculation à 10 sem. d'âge
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-
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-
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App
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-
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M. hyo
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M.hyo
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App
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-
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Mortalité
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0/7
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3/7
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0/7
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0
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0
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1/7
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4/7
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1/7
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T° > 40,5 ° C
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0/7
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5/7
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1/7
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0
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0
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6/7
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6/7
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4/7
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Note toux
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0
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0,05
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0
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0,56
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0,28
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0,32
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0,67
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0,86
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Note pneumonie
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0/28
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11,3/28
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0/28
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5,7/28
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6,1/28
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5,7/28
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16/28
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7,9/28
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Note pleurésie
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0/4
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2,9/4
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0/4
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0/4
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0/4
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1,9/4
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3/4
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2,1/4
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GMQ (g/j)
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932
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816
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791
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780
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879
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798
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650
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737
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Tableau : Protocole expérimental et observations cliniques suite à l'inoculation de porcs EOPS avec App et/ou M. hyopneumoniæ. (Les ordres des groupes ont été modifiés par rapport à la publication originale, pour permettre d'avoir une vision plus synthétique des résultats. Seules les moyennes des notes sont présentées).
Dans les conditions d'élevage, nos travaux antérieurs (voir fiche Respig 'Christelle Fablet') ont montré que la colonisation des porcelets par M. hyo est très précoce, et manifestement plus fréquente que celle par App. Avec M. hyo seul, les GMQ sont plus faibles que chez le groupe témoin non inoculé, mais ils sont encore acceptables. En élevage, ce serait probablement différent. D'ailleurs le plus faible GMQ est observé pour la séquence M. hyo puis App. Pour moi, cela confirme bien les observations d'Eileen Thacker, indiquant que M. hyo est un pathogène primaire du complexe respiratoire porcin. Il ne faut pas non plus oublier son rôle immunodépresseur : dans le groupe 9 où App et M. hyo sont inoculés le même jour, on voit que l'impact sur les signes respiratoires et la croissance sont plus faibles que dans le groupe 8 (M. hyo, puis App). Dans ce groupe 9, M. hyo n'a pas encore eu le temps de coloniser l'épithélium respiratoire et d'agir sur les défenses de l'appareil respiratoire... Pour essayer d'illustrer les difficultés d'interprétations de ces éléments, je dirais qu'il y a encore 10 ans, il était possible de raisonner en 'noir et blanc' : on avait App et la sanction clinique était immédiate ; on trouvait du M. hyo parce qu'il y avait de la pneumonie enzootique 'pure'. Aujourd'hui, avec les co-infections et le complexe respiratoire porcin, il faut 'passer à la couleur' : un pathogène peut être détecté hors d'un contexte clinique spécifique, mais cela ne signifie pas pour autant que le sanitaire est stable.