L'élevage protégé de l'Afssa-site de Ploufragan dispose de porcs Exempts d'Organismes Pathogènes Spécifiés (EOPS) : des témoins idéaux pour étudier la contamination des porcs à l'abattoir par les principales bactéries à tropisme respiratoire. L'expérience a été faite, et ses résultats ont été publiés courant 2008. Corinne Marois, de l'unité Mycoplasmologie-Bactériologie de l'AFSSA-site de Ploufragan, premier auteur de cette publication, en retire les principaux enseignements, avec une surprise à la clé.
Référence de l'article ; Marois C, Cariolet R, Morvan H, Kobisch M. « Transmission of pathogenic respiratory bacteria to specific pathogen free pigs at slaughter ». Vet Microbiol. 2008 Jun 22;129(3-4):325-32.
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L'élevage protégé de l'Afssa-site de Ploufragan dispose de porcs Exempts d'Organismes Pathogènes Spécifiés (EOPS) : des témoins idéaux pour étudier la contamination des porcs à l'abattoir par les principales bactéries à tropisme respiratoire. L'expérience a été faite, et ses résultats ont été publiés courant 2008. Corinne Marois, de l'unité Mycoplasmologie-Bactériologie de l'AFSSA-site de Ploufragan, premier auteur de cette publication, en retire les principaux enseignements, avec une surprise à la clé.
Respig : Dans l'étude publiée dans Veterinary Microbiology, vous montrez que des porcs EOPS transportés à l'abattoir dans une bétaillère propre, désinfectée et contrôlée avant le transfert des animaux, se révèlent, une fois sur la chaîne, contaminés par les principales bactéries respiratoires, qu'ils aient - ou non - passé du temps dans l'aire de repos en compagnie de porcs conventionnels. Cela pointe le bac d'échaudage comme bouillon de culture, mais est-ce vraiment une surprise ?
Dr C. Marois : Ce n'est pas exactement la question à laquelle notre étude était censée répondre. Nous souhaitions évaluer la pertinence des contrôles bactériologiques réalisés à partir de l'appareil respiratoire, et plus particulièrement au niveau des poumons, de porcs prélevés à l'abattoir. Pour cela, nous avons réparti des porcs EOPS de l'AFSSA-site de Ploufragan de 5 mois d'âge (environ 100 kg), en deux lots. Un lot de 9 porcs a été transféré à l'abattoir, où ils ont passé au moins 3 h dans l'aire d'attente au contact de porcs conventionnels. Ultérieurement, un lot de 4 porcs a été abattu dès son arrivée à l'abattoir. Dans ces deux cas, des prélèvements pour analyses par PCR et bactériologie ont été réalisés dans le bac d'échaudage et sur l'ensemble de l'appareil respiratoire des porcs EOPS abattus (à la fin de la chaîne d'abattage, avant le choc froid). Les résultats montrent que l'on retrouve autant de contaminants dans les voies respiratoires des porcs, qu'ils soient passés par l'aire de repos ou non. Ceci indique que le bac d'échaudage joue un rôle essentiel dans la transmission des bactéries. En effet, si les aérosols peuvent avoir favorisé la contamination des voies respiratoires des porcs EOPS ayant séjourné au contact de porcs conventionnels, ceci n'est guère possible dans le cas de porcs abattus immédiatement après leur arrivée. Les pathogènes respiratoires d'origine bactérienne visés par l'étude (M. hyopneumoniae, P. multocida, A. pleuropneumoniae, H. parasuis et S. suis) ont été détectés par PCR et/ou culture dans les cavités nasales, les amygdales et/ou la trachée. Les analyses bactériologiques effectuées au niveau des poumons se sont révélées négatives.
Respig : Quelle est la signification biologique d'être capable de cultiver des Pasteurella multocida à partir de prélèvements d'eau du bac d'échaudage qui sont tous > 60° C ? Est-ce un résultat connu pour d'autres pathogènes (staphylocoques ? salmonelles ?)
Dr C. Marois : Ce résultat était assez surprenant. Autant il était logique d'obtenir des résultats positifs par PCR : cette technique détectant l'ADN, mais ne renseignant pas sur la viabilité des cellules dont le génome a été détecté. Nous pensions que le bac d'échaudage contenait des bactéries vraisemblablement mortes, dont certaines espèces bactériennes appartenant aux pathogènes respiratoires spécifiques. Or nous avons isolé Pasteurella multocida (qui était donc vivante) à partir de l'eau du bac. Dans la littérature, il a été décrit que les pasteurelles peuvent résister 10 minutes à 60° C, à condition d'être en présence de matière organique (Diseases of Swine) - ce qui s'applique très bien au bac d'échaudage. Dans d'autres études, Salmonella et Campylobacter spp. ont également été cultivés à partir de prélèvement d'eau de bac d'échaudage, sans que leur durée de survie dans ces conditions ne soit renseignée.
Respig : Bien que ne présentant aucune lésion pulmonaire macroscopique, 4 des 13 porcs dont l'appareil respiratoire a été analysé par histologie présentaient des lésions compatibles avec l'entrée de liquide du bac d'échaudage dans les voies respiratoires profondes (trachée, bronches). Cela a-t-il des conséquences pratiques pour la surveillance pulmonaire en abattoir ?
Dr C. Marois : Il faut d'abord préciser qu'aucun des pathogènes respiratoires recherchés n'a été identifié, par bactériologie comme par PCR, dans les poumons prélevés sur la chaîne. Toutefois, comme ce travail ne porte que sur 13 porcs (effectif faible au regard de l'analyse statistique), on ne peut exclure totalement une contamination des voies respiratoires profondes intra pulmonaires par l'eau du bac d'échaudage. D'autant plus que l'examen histologique des poumons a révélé une exfoliation de l'épithélium bronchique et des débris cellulaires dans les bronches. Aussi, notre conclusion est qu'il faut être très prudent au regard de résultats d'analyses bactériologiques effectuées à partir de poumons prélevés à l'abattoir, en particulier pour les poumons dépourvus de lésions. La surveillance des maladies respiratoires via le contrôle de la nature et de l'étendue des lésions pulmonaires à l'abattoir n'est pas remise en cause. Cependant, il serait préférable d'effectuer les analyses bactériologiques à partir de lavage trachéo-bronchique ou de brossage d'amygdales et/ou de cavités nasales chez les animaux vivants à l'élevage (24 à 48 h avant leur départ à l'abattoir) ou chez les animaux morts et autopsiés.